La faim dans le monde est concentrée dans seulement dix pays
publié le : 25 avril 2026 à 05h31min | MàJ : il y a 5 heures
Rédacteur : Gabon Matin
Pour la septième année consécutive, les crises alimentaires et la malnutrition sont restées à des niveaux dramatiques en 2025, concentrées dans un petit groupe de pays. La faim aiguë a doublé en dix ans, avec deux famines déclarées l’an dernier, un fait inédit dans l’histoire du rapport publié par un consortium regroupant l’ONU, l’Union européenne et des ONG.
Selon le Réseau mondial contre les crises alimentaires, dix pays - Afghanistan, Bangladesh, République démocratique du Congo, Myanmar, Nigéria, Pakistan, Soudan du Sud, Soudan, Syrie et Yémen - abritent les deux tiers des personnes souffrant de famine aiguë.
Parmi elles, l’Afghanistan, le Soudan du Sud, le Soudan et le Yémen affichent les pires crises, tant en termes de proportion que de nombre total de personnes touchées.
« Les conflits restent la principale cause de l’insécurité alimentaire aiguë et de la malnutrition pour des millions de personnes à travers le monde, une famine totale ayant éclaté dans deux zones touchées par des conflits au cours de la même année - une situation sans précédent », a déclaré le Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, dans l’avant-propos du rapport.
35,5 millions d’enfants touchés par la malnutrition aiguë
Le système de classification de la sécurité alimentaire (IPC) a identifié des famines en 2025 à Gaza et dans certaines régions du Soudan, une première depuis le début des rapports. Cette situation souligne l’aggravation de la faim et de la malnutrition, principalement causée par les conflits, les restrictions d’accès humanitaire et les déplacements forcés.
Au total, 266 millions de personnes dans 47 pays ont souffert d’insécurité alimentaire aiguë l’an dernier, soit près de 23 % de la population analysée. Cette proportion est légèrement plus élevée que l’année précédente et près du double de celle de 2016.
La gravité de la faim a atteint son deuxième plus haut niveau historique, avec un nombre de personnes en situation de faim catastrophique (phase 5 de l’IPC) neuf fois supérieur à celui de 2016.
Dans le même temps, la malnutrition aiguë reste un problème critique et de plus en plus préoccupant. Rien qu’en 2025, 35,5 millions d’enfants étaient touchés par la malnutrition aiguë, dont près de 10 millions de malnutrition sévère.
Près de la moitié des crises alimentaires ont également été accompagnées de crises nutritionnelles, marquées par une alimentation insuffisante, des maladies et l’effondrement des services essentiels. Dans des régions comme Gaza, le Myanmar, le Soudan du Sud et le Soudan, ces facteurs ont provoqué des niveaux extrêmes de malnutrition et un risque de mortalité élevé.
Perspectives sombres
« Il ne s’agit pas d’une pénurie alimentaire, mais d’un manque de volonté politique pour garantir que les enfants, partout dans le monde, aient accès à une alimentation de base (…). Dans un monde d’abondance, il n’y a aucune raison qu’un enfant souffre ou meure à cause de la malnutrition », a déclaré Catherine Russell, cheffe du Fonds des Nations Unies pour l’enfance.
Le rapport avertit que l’insécurité alimentaire aiguë restera critique en 2026, exacerbée par les conflits, la variabilité climatique et l’incertitude économique mondiale, notamment les risques sur les marchés alimentaires.
Bien que l’évaluation soit prématurée, l’escalade du conflit au Moyen-Orient pourrait aggraver la situation, en générant de nouveaux déplacements et en perturbant davantage les marchés agroalimentaires mondiaux, affectant ainsi les pays déjà en crise alimentaire.
Le rapport met en garde contre les effets immédiats sur la sécurité alimentaire au Moyen-Orient, où la dépendance aux importations alimentaires aggrave la vulnérabilité des populations face à la hausse des coûts de l’énergie et de la logistique.
Par ailleurs, la persistance des perturbations dans les transports, couplée au rôle clé des pays du Golfe en tant qu’exportateurs d’énergie et d’engrais, pourrait entraîner des répercussions sur les marchés agroalimentaires mondiaux.
Baisse des financements
Ces derniers développements interviennent alors que les financements consacrés aux crises alimentaires sont retombés à des niveaux qui n’avaient plus été observés depuis près d’une décennie, limitant ainsi la capacité des gouvernements et des acteurs humanitaires à intervenir efficacement.
Face à des crises alimentaires de plus en plus concentrées, l’ONU et l’UE appellent à un renforcement des investissements dans des systèmes agroalimentaires résilients, l’adaptation au changement climatique et les opportunités économiques rurales.
Elles insistent également sur l’importance de renforcer les systèmes d’alerte précoce et d’assurer une action anticipative. La prévention de la famine passe par un accès humanitaire sécurisé, le respect du droit international et un engagement politique renforcé pour lutter contre la faim liée aux conflits.